Trigano on Media Manipulation in Lebanon in Liberation (!)

Shmuel Trigano, one of the most astute and penetrating critics of the French scene today, author of many books (helas only in French), the most recent of which is l’Avenir des Juifs de France [The Future of the Jews in France] (Grasset, 2006) and president of l’Observatoire du monde juif, director of the monthly journal, Controverses, has just published an article on media manipulation in, of all newspapers, the French daily Liberation.

Manipulés, les médias réactivent le mythe antisémite du Juif tueur d’enfants.
Guerre, mensonges et vidéos

Par Shmuel TRIGANO

QUOTIDIEN : Jeudi 31 août 2006 – 06:00

Mais où êtes-vous ? Où sont les grandes âmes, le scandale ? Le déclarations des plus hautes autorités politiques du monde ? Depuis le 1 août, je cherche désespérément dans les colonnes des journaux et sur les écrans la condamnation du bombardement d’un orphelinat par l’armée sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfant sur vingt-huit morts, comme à Cana. On ne peut qu’être abasourdi devant l différence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plu précieuses que les autres ? Pas nécessairement, car qui s’émeut de meurtres de masse perpétrés en Irak par des Arabes sur d’autres Arabes Non ce qui est en question, c’est Israël ou, plus exactement, les Juifs.

No indignation about Sri Lankans bombing an orphanage in their struggle with Tamil Tigers (also famous for their suicide attacks), nor over the death of Arab civilians in Iraq by “insurgents,” but Qana… This is precisely what Charles Jacobs calls “The Human Rights Complex” — it’s not the victim that counts, nor how much the victim has suffered. It’s certain kind of perps who incite indignation.

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And it shows. The Israelis, who hold themselves and are held to exceptional standards, know where every bomb goes, and can give maps and legal accountings for their every use of restricted ordinance. By contrast, the Sri Lankans comment on claims that they have killed 48 girls and wounded 60 with:

A military source admitted that air raids had been launched on rebel territory this morning but said they had no details of targets hit or casualties.

Can you imagine the pages of Counterpunch if the Israelis said that?

Toute personne sensée aura remarqué, depuis l’année 2000, quelque chose d’étrange dans les images du conflit : la centralité de la figure de l’enfant, des corps sanguinolents des victimes d’Israël. Il suffit d’ouvrir la télévision française pour voir le projecteur braqué uniquement sur les civils libanais alors que l’image d’Israël se résume à des blindés, des avions ou des soldats. Aucune société civile n’est visible : ni les dégâts matériels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensanglantés, ni de blessés, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que réactiver une idée antisémite très archaïque : les Juifs tuent des enfants. Dans l’Antiquité, ils étaient accusés de cannibalisme, au Moyen Age et encore aujourd’hui dans le monde arabe de crimes rituels.

Trigano, who looks at historical developments in attitudes towards Jews (and more broadly, religiosity) has put his finger on something crucial here. There are periods — one can chronicle many of them — when Christians and Muslims become susceptible to a story of Jewish malevolence which, despite its wildly concocted nature, has a fatal attraction for the non-Jews. One of the big periods for this kind of thirst for blood libel was the turn of the 1900s, the period that generated Zionism. In 1892, the Russian Ahad Ha’am spoke of the blood libels as the dominant motif of the day: Gentiles ask rhetorically about the accusations: “Is it possible for the whole world to be wrong and the Jews to be right?” In 1896, Herzl, looking at enlightened France’s delirium over Dreyfus, called for a Zionist Congress. Between 1900 and 1905, the Protocols of the Elders of Zion were forged.

And now, today, we are witness to a new round, this time played out on the global scale with global media, through a peculiar (and deadly) narrative about the Arab-Israeli conflict.

And the last episode, of course, was the coverage of the Israeli-Lebanese war, with the Lebanese victims and Israeli aggressors. It’s the kind of coverage that, while present in Israel and the USA, actually dominates most of Europe and much of academia, a bizarre and deeply troubling affair between “leftist” radical/revolutionary ideology and the demopathic discourse of global jihad: freedom, dignity, down with the American hegemon. Not coincidentally, the date at which the “radical left” and the global jihadis joined forces publicly and enthusiastically was October 2000, which also marks the beginning of Europe’s “Muslim Street.”

La fabrication délirante de ce mensonge suit les mêmes chemins qu’au Moyen Age. Affabulations et «mystères de la foi» mettent en scène et «prouvent» le meurtre, en construisant de toutes pièces une narration, un exemplum édifiant, comme l’a si bien analysé Marie-France Rouart dans le Crime rituel ou le sang de l’autre (Berg International, 1997.). Le récent scandale (vite étouffé) de la photo truquée de Beyrouth en flammes, diffusée par l’agence Reuters, face émergée d’un ensemble de trucages, nous montre comment l’ exemplum est fabriqué avec des images, alors qu’auparavant on agençait des mots pour mettre en forme le fantasme.

Par exemple, cette photo du magazine US News où l’on voit un terroriste du Hezbollah en pose guerrière devant un avion israélien abattu et en flammes : examinée de plus près, la photo révèle en fait l’incendie d’un dépôt d’ordures. Le trucage de l’image du réel est le plus souvent moins grossier : ce n’est pas la photo qui se voit manipulée mais son angle ou sa composition, avant prise de vue. Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionné. Ce sont toujours les mêmes prises de vue qui passent en boucle à la télé, pour donner une impression d’étendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont à la plage ou sont attablés aux cafés ? Ou alors, on place, comme à Cana, dans une photo de destruction, un objet insolite : un nounours (bizarrement très propre au milieu des gravats), une robe de mariée (très blanche), un petit Mickey (très coloré)… La suggestion est ici encore plus forte que des cadavres: l’enfant absent, la jeune mariée promise aubonheur mais déplacée… On n’a jamais vu les «combattants» du Hezbollah, ni leurs bunkers systématiquement placés au milieu des civils, utilisés comme boucliers «moraux». On a gommé le caractère de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centrés sur la population civile israélienne.

This is crucial. The ability of the media to frame the story so it looks like what we’re being told it is — Beirut destroyed — is systematically exploited by people who know just what horrifies us most, the death of innocents. We don’t see them, partly because they manipulate our emotions and we look away. To question the authenticity of the tragic death of innocents is such bad taste!

Ce sur quoi il faut attirer l’attention de l’opinion, c’est la résurgence de l’accusation du meurtre rituel, c’est-à-dire le retour d’un stéréotype antisémite classique. Il est sciemment mis en oeuvre, de façon massive, par les médias arabes : la mort filmée «en direct» de Mohammed al-Dura à Gaza, puis Jénine, puis la plage de Gaza, puis Cana. Nous avons là une série d’événements pour le moins douteux quant à leur réalité exacte, qui nous sont parvenus à travers une mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, du Hamas ou du Hezbollah. Filmer dans ces régions dépend en effet, comme tous les journalistes le savent, de l’autorisation des pouvoirs en place, qui exercent un étroit contrôle sur les images et les accréditations qu’ils donnent aux reporters.

The degree of intimidation is, I suspect, as intense as is the denial of most journalists. The Fox reporters are again only the beginning. The media seem very much like dhimmi towards Arabs/Muslims and the products of their media, eager to be ingratiating and not to challenge them. This is not merely either ideological or pathological, it’s simple pragmatism in a culture where violence lies just below the surface.

Des simulations sont créées de toutes pièces au point que certains experts, comme le professeur Richard Landes, de la Boston University, parlent aujourd’hui des studios de «Pallywood» (du mot «Palestine»).

Thank you for the plug. With such a kind introduction, let me take the point one step further. Someday, we’ll be able to write an article entitled: “The early directors of Pallywood: The Golden Years, 1982-2006.”

A voir les photos les unes après les autres, on retrouve souvent, dans des situations différentes, les mêmes acteurs, jouant des rôles différents. Quoi qu’il en soit de la réalité exacte des différentes affaires et il ne s’agit pas ici de justifier tout , on constate qu’un scénario du type du légendaire «génocide de Jénine» (56 morts parmi les milices palestiniennes contre 23 soldats israéliens, au terme d’un combat au corps à corps pour éviter les victimes civiles) sous-tend tous ces exemples. Un scandale mondial est à chaque fois orchestré par les médias, avant que l’examen des faits n’en réduise la portée, et toujours en isolant comme par enchantement l’événement de son contexte et de la guerre menée contre les populations civiles israéliennes, sans doute, elle, jugée «juste». Entre-temps, l’impact a
été gravé dans l’imaginaire collectif. Le plus terrible est que cette camelote puisse trouver acheteur dans la gent médiatique occidentale sans aucun recul critique.

Precisely. The worst is that these fevered nightmarish narratives, designed to create hatred and incite to violence, are done so shoddily. How is possible that such cheap and obvious fakes should find such a vast audience in the western media?

Comment les journalistes peuvent-ils sous-traiter enquêtes et reportages auprès d’acteurs engagés dans le conflit aux côtés de mouvements totalitaires ? Que recherchent-ils ? Le spectacle brut et violent ? Les belles images ? Se rendent-ils compte que celles-ci incitent à la haine et au meurtre ?

That’s the hope — that the people in the media don’t realize what they’re doing. Because if they did, and did it anyway, on purpose!, that would be terrible… as terrible as the Palestinian accusations of crimes about the Israelis which, so far, our media uncritically replicates.

Le mal est profond, car la facilité avec laquelle de nombreux médias acceptent ce récit montre que subsiste un fond archaïque, toujours vivace. Le discours sur Israël est hanté par une forme nouvelle de l’antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la «victime» des Juifs, forcément innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime désigne. Un antisémitisme «par défaut», que la moralité conforte.

The mal (sickness, evil) is deep, because the facility with which so many media accept this tale shows that there is an archaic bedrock, still lively. The discourse about Israel is haunted by a new form of antisemitism, a compassionate antisemitism that focuses on the “victim” of the Jews, automatically innocent and pure like a child, not explicitly naming the cruel and inhuman executioner which his victim designates. An anti-semitism “by default” conforted by morality.

Not sure what the last lines mean, although one reading might imply that the obsession with the victim of the Jew is part of a larger discourse intended to make of the Jew (the inhuman executioner of this tale), the victim of “justice.”

In any case, whether or not we call this anti-semitism or anti-judaism (I prefer the latter for most of the European part of this folly, the latter for the radical left and the jihadis), it sure is Judeophobia. And it’s dangerous not just for the Jews, but for the people foolish enough to believe these tales, and thereby throw open their gates to the worst hatreds and violence.

3 Responses to Trigano on Media Manipulation in Lebanon in Liberation (!)

  1. bernard says:

    very good translation of a very important text of trigano; the newspaper “LE MONDE” published ( july 26 page 2) some violents antisemitics drawings without reactions of the french politicians.
    you can find the drawing signed by SERGUEÏ on :
    http://www.pasdehasard.com/blog/
    lebanon crushed
    and the text i wrote :
    L’IMMONDE
    Un petit dessin vaut mieux qu’un long discours.
    Ainsi, Le Monde, page 2, dans son édition du 26 Juillet nous donne un très joli dessin de Sergueï.
    Joli, efficace et profond dans le registre de l’immonde. Son auteur, Sergueï, réactive sans scrupule et s’appuie sans honte sur le schéma le plus primaire, le plus insidieux et le plus brutal de l’antisémitisme historique :
    PEUPLE JUIF = PEUPLE DEICIDE.
    C’est ce schéma qui a soulevé pendant des siècles la haine fiévreuse et meurtrière des juifs ; C’est ce schéma que l’Église Catholique a pourtant renvoyé à son inanité. Sergueï n’hésite pas à le servir tout chaud pour faire office de commentaire à ce qui se passe au Liban et expliciter la nature de l’intervention israélienne.
    Le dessin :
    Une botte militaire immense, puissante, toute dégoulinante de sang et dont les lacets dessinent l’étoile de David, se prépare à écraser dans une mare de sang un crucifié dont la croix est le cèdre du Liban avec deux acolytes de part et d’autre pour combler cette nouvelle image d’une nouvelle crucifixion !
    Encore une fois les équations antisémites tournent à plein régime : Israél = les juifs= les assassins historiques et recommencés d’une pure victime innocente qu’ils ont crucifié.
    Qui ne voit dans ce schéma une pure et simple incitation à la haine raciale ?
    Qui ne voit dans cette caricature qu’on passe d’une critique politique (légitime comme celle de Plantu en première page) à une dénonciation ontologique / théologique / ethnique ?
    Qui ne retrouverait pas dans ce dessin de Sergueï la bonne odeur du juif coupable du plus grand crime. Ainsi le Liban c’est le Christ torturé, re-crucifié et mis à mort par les Juifs.
    Non pas par les « Israéliens », mais réellement crucifié par les Juifs et par simple duplication de ce qu’ils « ont déjà fait au Christ » ?
    Tout ça – au cas où ça resterait trop subliminal ou trop subtil pour les lecteurs du Monde est appuyé par un titre proprement monumental : MÉMOIRE DU SACRIFICE.
    N’hésitez pas Monsieur Sergueï, cognez franchement, sortez les massues symboliques et le gourdin des images d’Épinal : le Liban est sacrifié comme le Christ. Et les auteurs de ce sacrifice – dont nous garderons la mémoire – ce sont encore les Juifs !
    Et dans ce tête-à-tête entre victime innocente et coupable absolu, nulle présence (dans le rôle des Romains) du Hezbollah, nulle allusion à la Syrie ou à l’Iran puisque dans la scène du sacrifice un seul coupable diabolique, un seul responsable, le même que des siècles et des siècles de pogroms, d’inquisition et de « concentration » ont tenté d’exterminer après l’avoir stigmatisé : les Juifs.
    Dans ces conditions j’accuse Sergueï et le Monde d’incitation à la haine raciale.
    Les juifs (et non pas seulement les Israéliens) sont désignés à la vindicte générale puisqu’ils ne parviennent pas à échapper à l’histoire falsifiée qu’on leur a imposé et que ces mêmes juifs (pas seulement les Israéliens) sont pris dans une compulsion de répétition assassine et fatale.
    Ainsi le coupable ce n’est pas Israél et ses actions violentes et disproportionnées qui relèvent de la riposte contre un état libanais (mal assuré dans sa légitimité), c’est le Peuple Juif.
    Sergueï dessinateur antisémite, simplement et lourdement antisémite -non pas antisioniste- devrait tomber sous le coup de la loi.

  2. RL says:

    to Bernard:
    thank you for your note and your blog. i agree that this is a classic case of morally retarded (dare i say, medieval) malice and deserving of a case in court. law of 1881 — porter atteinte a l’honneur et la consideration du peuple juif.

  3. [...] commenté cette tribune de Shmuel Trigano, mais n’ai pas pris la peine de décortiquer la réponse de Bruno Stevens. Mais un détail [...]

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