Le Pont entre l’anti-semitisme classique et l’anti-sionisme du 21e siecle.

J’ai assisté aujourdui au colloque annuel du CRIF à Paris, Combattre la menace antisémite“. Ma session s’intitulait:

DE LA JUDEOPHOBIE A L’ANTISIONISME.

Voici mes remarque.

Le Pont entre l’anti-semitisme classique et l’anti-sionisme du 21e siecle.

Les médiévistes ont tendance à distinguer entre l’anti-judaïsme et l’anti-semitisme.

L’anti-judaïsme, peut se résumer en cette formule:  “j’ai raison car tu as tort; ma religion est supérieure car la tienne est inférieure; je me couvre d’honneur en t’accablant de honte.” C’est le «supersessionisme» du Christianisme et de l’Islam: une théologie à somme nul, de remplacement: “nous sommes le peuple choisi car vous ne l’êtes plus.” Une telle attitude représente précisément le manque de maturité émotionnelle, d’où les lumières étaient censées nous sortir. Donc, pour les chrétiens pré-moderne et l’Islam (hélas de nos jours), “notre honneur dérive du fait que nous privons les juifs de la leur.” Tant que les juifs acceptaient de se soumettre, se plier devant leurs supérieures, on les laissaient vivre en paix, même prospérer. L’anti-judaïsme manifestent des sentiments qui font partie de la condition humaine quotidienne – l’envie, le Schadenfreude, l’insécurité psychologique. La maitrise de ces sentiments, surtout leur expression à l’échelle politique, ont joué un rôle essentiel dans la naissance des démocraties et de l’égalité devant la loi.

L’anti-sémitisme, par contre, représente une forme paranoïaque de cet anti-judaisme. Il rend rend impitoyable le jeu à somme nul de celui-ci. De “dominer ou être dominé,” on passe à “exterminer ou être exterminé.” Pour les Nazis, et hélas pour trop d’islamistes aujourd’hui, l’existence même des juifs représente une menace existentielle: la race allemande, la religion de l’Islam, se sentent en péril mortel par l’existence même des juifs qui doivent être écrasés, supprimés, pour assurer leur propre survie. L’anti-sémitisme est un délire paranoïaque et génocidaire, un développement que toute civilisation doit combattre: comme le montre l’épisode des Nazis, de tels délires dévorent bien plus que les juifs.

Pourquoi nous voyons l’antisémitisme jaillir aujourd’hui, surtout dans un monde moderne qui s’est soi-disant libéré de son anti-judaisme politique en octroyant aux juifs l’égalité?

Apparemment il y a des anti-judaistes qui, privés de leur sentiment de supériorité, et confronté par les succès presque inconcevables des juifs dans ces conditions de liberté et d’égalité, ne supportent pas l’épreuve. Le cas des Musulmans est très net: un peuple dhimmi devenu autonome représente une abomination théologique qui provoque des rages génocidaires, et qu’ils puissent se défendre contre un monde musulman bien plus nombreux, c’est insupportable.

Ce qui nous amène au 21eme siècle en Occident, en Europe, en France. Ici il y a une nette résurgence du pire anti-sémitisme parmi la population musulmane et parmi certains cercles de la sois-disante gauche: En quelque sorte, on pourrait dire qu’ils ont tous les deux le même Antichrist (ou Dajjal): Israel. Par ailleurs, un aspect important – j’ose même dire dominant – de l’élite intellectuel et politique en Occident, manifeste des éléments inquiétants d’un anti-judaïsme qui permet et encourage l’anti-sémitisme jaillissant. Si l’on compare la Judéophobie à une boisson enivrante, on pourrait dire que l’élite européenne, surtout les professionnels de l’information (journalistes, profs, intellos) vident leurs verres de vins pendant qu’ils maintiennent un “bar ouvert,” bien munis d’alcools forts pour les musulmans.

Et le “bar ouvert” où tout ces poisons se dégustent, c’est la presse européenne, qui passe directement dans les systèmes d’information de leurs démocraties, des récits meurtriers contre Israel produits par des djihadistes génocidaires, non pas en tant que les projections de haine et paranoïa qu’ils sont, mais en tant qu’“événements réellement passés,” “actualités.” Ces récits meurtriers font un double travail. D’un cote elle inspire la haine et le désir de vengeance contre Israel parmi les musulmans. Violence qui, quand elle se présente même sous la forme la plus effarante (Merah), se trouve expliquée voire excusée par la chose même qui la provoqua: le récit meurtrier. De l’autre côté, elles nourrissent la Schadenfreude des européens qui, pour des raisons troublantes, se réjouissent de pouvoir dire aux israéliens: « vous juifs, pendant 2 millénaires on vous maltraita, et dès que vous le pouvez vous faites la même chose aux pauvres palestiniens. »

L’Europe est malade de ces récits meurtriers qui alimentent le Djihad et permettent aux européens de croire que tant que les juifs sont la cible de tirs venus de la position musulmane, eux, post-chrétiens, sont à l’abris. Quand ils se sont précipités sur le plus puissant de ces récits meurtriers, celui de Muhammad al Durah, ils ont mis en marche une dynamique avec des implications tragiques pour le continent entier. Se comblant du sentiment de déculpabilisation – cette image efface et remplace celle du ghetto de Warsovie – ils agitaient en même temps le drapeau de Djihad devant leurs populations musulmanes (?). Les grand personnages qui adoptèrent la formule «Israéliens les nouveaux Nazis et Palestiniens les nouveau juifs», ont peut-être pu se draper d’un moralisme sadique, mais en même temps ils renversaient la réalité précisément au moment ou une nouvel force de haine génocidaire envahissait leurs cultures. Mohamed Merah, et ceux qui font de lui un hero, nous montre la culture toxique que cette folie engendra.

Al Durah c’est le pont entre l’anti-semitisme du 20eme siècle et l’anti-sionisme du 21e siècle: une accusation de meurtre rituel globale, le premier à être diffusé par un juif auto-identifié, peut-être le plus meurtrier de toute la longue lignée de ces producteurs d’atrocités. Et, en fin de compte, c’est une histoire ridicule, qui ne tiendrait pas trois minutes d’analyse sérieuse, mais qui répond à tant de désirs que ces trois minutes ne lui ont toujours pas été accordées par la vaste majorité des gens, meme les juifs, surtout les journalistes. C’est cette icône de la haine qui amena l’Occident à adopter pour leur compte le Dajjal-Antichrist des Djihadist, et ainsi à se rallier à un cauchemar apocalyptique génocidaire qui les vise en même temps qu’Israel.

L’appétit des occidentaux pour les récits meurtriers de Djihadistes au sujet d’Israel, c’est comme un homme avec le cholestérol élevé qui ne peut pas s’empêcher de se goinfrer de steaks rouge, à la sauce Schadenfreude. La prognostique pour le malade, bien qu’il se sent bien, n’est pas bonne. Si l’Occident se remet de tout cela, ses historiens futurs analyseront notre temps, émerveillés de la folie des hommes dits “progressifs” au début du troisième millénaire.

Qu’on s’en tire vite et de nos jours.

 

 

One Response to Le Pont entre l’anti-semitisme classique et l’anti-sionisme du 21e siecle.

  1. Martin J. Malliet says:

    While listening to the talks given by that panel that included Richard Landes, I wrote down the following: “Supersessionism? Universalism vs pragmatism!” What I was thinking was more or less this:

    Jewish culture understands itself as a pragmatic particularism (the universalism has been conceded to the supersessionist Christians and Muslims), but formulates its relationship with other faiths in universalist and tolerant terms: “we let them be what they want to be, but we expect from them to do the same for us.”

    Christian/Western and Muslim culture understands itself as a principled universalism superseding what went before, but formulates its relationship to other faiths in particularist and intolerant terms: “they’re not up to our standards, so we either accept them as embarassing backward cousins, or we educate them, if need be by force.”

    In other words, the true universalists are not the theoretical universalists, but the practical particularists.

    Eric Voegelin in “Order and History” vol. 1 on “Israel and Revelation” (i.e. on the “leap in being” made with the discovery of the “historical form”) (p. 186-187):

    “The retrospective interpretation from the rabbinical position makes it clear that the disturbing factor in the Israelite historical form had been the ambiguity of Canaan, that is, the translation of a transcendent aim into a historical fait accompli. With the conquest of Canaan, Israelite history, according to its own original conception, had come to its end; and the aftermath could only be the repetitious, indefinite ripple of defection and repentance that filled the pages of Judges. From this rippling rhythm the historical form was regained, not by the kingdom, but through the elaboration of the universalist potentialities of Yahwism by the prophets. The separation of the sacred line from the rest of mankind—an enterprise that had run into the impasse of a nation among others— would have ended ignominiously with the political catastrophe, unless the Yahwism of the prophets had made possible the genesis of a community under God that no longer had to reside in Canaan at all cost. Still, the new Jewish community, which succeeded to the Hebrews of the Patriarchal Age and the Israel of the confederacy and the kingdom, had to travel a hard way until it could rejoin the mankind from which it had separated, so that the divine promise to Abraham would be fulfilled. And not the whole of the community was successful in ascending to this further level of meaning. For from the postexilic community there emerged, surviving historically to this day, the branch of Talmudic Judaism—at the terrific price of cutting itself off, not only from the abortive Maccabaean nationalism, but also from its own rich potentialities that had become visible in Hellenization, the proselytizing expansion, and the apocalyptic movements. The representative separation of the sacred line through divine choice petered out into a communal separatism, which induced the intellectuals of the Roman empire to attribute to the community an odium generis humani. What had begun as the carriership of truth for mankind ended with a charge of hatred of mankind. As the other and, indeed, successful branch emerged the Jewish movement that could divest itself not only of the territorial aspirations for a Canaan but also of the ethnic heritage of Judaism. It became able, as a consequence, to absorb Hellenistic culture, as well as the proselytizing movement and the apocalyptic fervor, and to merge it with the Law and the Prophets. With the emergence of the Jewish movement that is called Christianity, Jews and Greeks, Syrians and Egyptians, Romans and Africans could fuse in one mankind under God. In Christianity the separation bore its fruit when the sacred line rejoined mankind.”

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